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05.20.10

Chapitre 13 L’auréole…

EC 13A L’auréole des professeurs

Pierre nous assaille d’informations plus étranges les unes que les autres.
Un pope de Paris a contacté la mère de Laure dans le but de savoir ou se trouve l’original du parchemin.
L’enquête sur l’accident de nos amis a conclu à un crime et le policier qui en avait la charge a eu accès à la copie du document.
Pierre Laudinier est persuadé qu’il est la cause de l’assassinat de ses enfants parce qu’il s’est opposé à la construction d’une nouvelle mosquée dans son département.
Qui tire les ficelles de cet imbroglio ? Samuel suggère de prendre rendez-vous avec le nonce. Je m’y oppose estimant que cela serait cautère sur jambe de bois. Je propose plutôt de mener notre propre enquête mais par quoi commencer ? D’un commun accord nous décidons qu’il faut d’abord tirer au clair l’implication éventuelle de la nonciature. Selon Sylvia Mariopoulos, celle des orthodoxes est sans équivoque.
Pour remonter jusqu’à Isaldi, il nous faut d’abord découvrir le nom de celui ou de ceux qui ont cambriolé Rosine puis la filière des intermédiaires entre les casseurs et notre Monseigneur. Nous élucubrons la moitié de la nuit sans trouver le moyen d’entamer notre enquête. N’est pas Hercule Poirot qui veut ! C’est au petit déjeuner que l’esprit vient parfois aux hommes. Samuel s’exclame :
- « Mais bon mais c’est bien sûr ! » Je t’ai parlé au début de l’année de la discrimination positive que nous pratiquons à Sciences-po.
- Oui, mais où est le rapport ?
- J’enseigne à des élèves qui viennent de La Courneuve, Saint-Denis, etc.
- Hé alors ?
- Je vais leur demander s’ils ont entendu parler de l’accident, de Pierre et de cette histoire de mosquée.
- Qu’espères-tu ?
- Apprendre ce qui ce dit par là bas et, pourquoi pas, le nom de l’assassin.
- Tu peux toujours essayer.
- Ton emballement m’enchante ma chérie. Je m’y mets dès aujourd’hui.
Trois jours plus tard, lorsque Samuel revient de ses cours, je perçois une grande satisfaction dans son œil fier et brillant.
- Ma chérie, je sais tout, il n’y a plus qu’à ! Malika habite La Courneuve. Tout le monde connaît Khaled Mirouni, le type qui a assassiné Bernard.
- Et après ? On sait qui est le meurtrier mais pas qui est le voleur.
- Ce n’est qu’un premier pas. Il n’y a que deux possibilités : Khaled Mirouni est ou connaît le voleur, ou c’est l’inspecteur qui a mené l’enquête qui détient la réponse. Sinon, comment un lien a-t-il pu être établi entre l’assassinat et le cambriolage ?
- En admettant que ce lien existe !
- Je te jure qu’on va tout faire pour le découvrir ! Il faudrait commencer par interviewer ce Mirouni.
- Comment faire ? Une fois n’est pas coutume mais je suggère à mon optimiste chéri d’attendre le prochain petit déjeuner.
- Inutile de remettre au lendemain… J’appelle Malika.
- A cette heure ?
- Elle m’a proposé de continuer à me rendre service.
- J’espère que ce sont des services limités.
- Je ne répondrai pas à la provocation.
- Que peut-elle faire ? Mirouni est en prison, que je sache.
- Elle connaît peut-être quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît…
- Quelqu’un, je vois. Après tout, au point où nous en sommes.
EC13B Après s’être entretenu avec son élève, Samuel revient triomphant.
- J’ai appris que la maman de Malika est en très bons termes avec la nièce de la mère de ce Khaled Mirouni et que les familles ont le droit de rendre visite aux détenus chaque semaine. Si je la rappelle dans quelques minutes en formulant des questions précises, elle tentera de les faire transmettre mais c’est sans garantie de réponse.
- Je vois trois questions à poser : Un, Mirouni a-t-il participé ou sait-il qui a commis le cambriolage de Périgueux ? Deux, qui a commandité le cambriolage ? Trois, le cas échéant, qui est au courant de cette affaire ?
- Bien vu Miss Marple !
Pendant les quarante huit heures qui suivent, c’est peu dire que nous rongeons notre frein quand enfin, Malika nous rappelle. Selon les informations qu’elle a pu recueillir auprès des proches de Khaled, il aurait seulement avoué avoir participé à la préparation d’un cambriolage à Périgueux, juste pour rendre service à un « pote catho » qui habite la même barre que lui. Il n’a pas voulu citer de nom et la troisième question est restée sans réponse.
Il ne nous reste plus qu’à découvrir le « pote catho ». Facile, pensons-nous puisque nous avons l’adresse de Mirouni. Nous nous rendons donc à la cité des quatre mille de la Courneuve pour entreprendre nos investigations. Pas de plaque de rue, encore moins d’indications sur les multiples entrées des différentes barres d’immeubles qui nous entourent. Quand nous nous approchons de petits groupes en palabres ils semblent se transformer en adeptes de l’omerta. Samuel décide de téléphoner une fois de plus à Malika. Celle-ci ne veut pas être vue en notre compagnie et refuse de nous rejoindre. Néanmoins, elle nous promet de tenter de se renseigner sur l’identité du « pote catho » le plus vite possible. Entre temps, elle nous conseille d’essayer de glaner quelques informations auprès du curé de la paroisse Saint-Yves.
A peine sommes nous parvenus devant l’église que l’élève de Samuel se manifeste. Elle n’a rien appris à part une rumeur concernant un jeune catholique de la cité qui devrait bientôt s’embarquer pour l’Afrique à la tête d’une ONG. Je ne peux m’empêcher de faire remarquer à mon compagnon :
- En l’église réside notre dernier espoir de salut !
A quoi il rétorque :
- Voyons ce que ces diables nous enseigneront.
Sur cet échange de bonnes paroles, nous nous enfournons d’un pas assuré dans l’odeur d’encens. Nous avons de la chance, le curé est dans son antre. C’est vraisemblablement notre allure qui nous fait accueillir comme des colonisateurs civilisés débarquant dans une mission entourée de sauvages à évangéliser. Présentations faites, il nous faut très vite trouver un prétexte pour justifier notre visite sans éveiller les soupçons. La présence d’esprit de Samuel fait merveille :
- Depuis que Sciences-po a ouvert un accès à des élèves issus de quartiers défavorisés, je me suis promis de me rendre dans l’un d’entre eux pour me faire une idée de l’ambiance et c’est en passant qu’il nous est venu l’envie d’entrer dans votre église.
- Je suis à votre disposition, ce n’est pas tout les jours que nous recevons ici des professeurs de grandes écoles. Connaissant les limites de mon Samuel en matière de religion je reprends le flambeau.
- Nous somme flatté de l’honneur que vous nous faites en acceptant de nous entretenir. L’exercice de votre sacerdoce doit être bien difficile dans ce secteur.
- Difficile est bien peu dire. D’ailleurs, notre situation est reconnue jusqu’à Rome.
- Comment cela ?
- Par exemple, le nonce apostolique et un envoyé du Vatican m’ont fait l’honneur, il y a peu, de célébrer la messe avec moi.
- Pour quelle occasion ?
- Aucune, ils font régulièrement la tournée des paroisses qui sont à la pointe de la chrétienté, les lignes avancées, si vous voyez ce que je veux dire.
- Parfaitement, mais comment faites-vous quotidiennement ? Disposez-vous d’assez de soutiens ?
- Ne m’en parlez pas, jusqu’ici je pouvais m’appuyer sur une association de jeunes très dynamiques, l’association de la vénération du Christ. Monseigneur Isaldi, c’est vrai que vous ne le connaissez pas, il s’agit du nonce apostolique, a débauché le Président de cette association pour l’envoyer en mission assister spirituellement une ONG chrétienne en Afrique. Maintenant je dois trouver un nouveau Jean Ramirez dans le secteur et, croyez-moi, ce n’est pas simple.
 - Pourquoi a-t-il été choisi ?
- Peut-être ont-ils apprécié ses succès dans le secteur mais je n’ai qu’une certitude, l’existence de Dieu, pour le reste…
- Merci mon père, nous avons assez abusé de votre bonté.
- C’était un plaisir, soyez béni mes enfants.
EC 13CPar Malika, nous apprenons ensuite que Jean Ramirez était l’homme pour qui Khaled Mirouni avait fomenté le cambriolage de Périgueux. Plus aucun doute à avoir, le Vatican n’avait pas ménagé sa peine pour récupérer le parchemin.
Pendant ce temps à Périgueux, Rosine Dujorlin avait reçu un policier ventru qui s’était présenté en ces termes :
- Je suis chargé de l’enquête sur votre cambriolage. Pouvez-vous m’accorder quelques minutes.
- Je vous en prie, finissez d’entrer.
Puis, montrant à son hôtesse une télécopie de la traduction du parchemin :
- J’ai reçu ce document ce matin. Fait-il partie des papiers qui vous ont été volés.
- Effectivement, mais je ne peux pas certifier qu’il s’agit de celui que je possédais.
- Pourquoi ?
- Il en existe plusieurs copies. D’où tenez-vous celle que vous m’apportez ?
- D’un collègue de Paris, je sais seulement qu’elle provient du dossier d’une enquête sur un accident de la route.
- Ne serait-ce pas celui dont Bernard Laudinier a été victime ?
- Il n’a pas précisé, avez-vous des soupçons ?
- Non mais c’est l’expert qui a déchiffré ce document, j’ai d’ailleurs mentionné son nom dans ma déposition.
- Les collègues de Paris ne nous disent pas tout, mais pour qu’ils s’intéressent à cette affaire d’accident, il y a sûrement anguille sous roche.
Le policier quitte les lieux, son amertume dissoute dans un verre de Porto offert par Rosine qui, dans l’instant qui suit, téléphone à sa cousine Florence Cavalore.
- Ma chérie, la police à peut-être découvert un lien entre la mort de Bernard et le parchemin.
- C’est inimaginable !
- Au début, cela m’a paru aussi improbable qu’à toi.
- Tu n’en es donc pas certaine ?
- Pas à cent pour cent car le policier qui vient de sortir de chez moi n’avait pas l’air très au courant. Je me méfie car sous son air un peu pataud, il prêchait peut-être le faux pour connaître le vrai.
- Ne sombrons pas dans la paranoïa ma chérie. Il y a sûrement une explication logique.
- Je n’en vois aucune car même si la police a trouvé le papier à Paris après l’accident de Bernard, comment a-t-elle pu établir un lien avec ton cambriolage.
- Vous n’avez pas été interrogés ?
- Non, à ma connaissance, seul le père de Bernard s’est rendu au commissariat. Il sait que son fils nous a rendu ce service mais je ne le vois pas en parler aux policiers. Surtout dans l’état où il est en ce moment.
- Alors je ne vois vraiment pas, vous pourriez quand même lui en toucher un mot.
- C’est une piste à ne pas négliger.
- Il faudrait lui demander si la police lui a parlé du document et si elle a des soupçons.
- Tu penses qu’il y aurait dans la nature des gens qui sont prêts à tuer pour récupérer le parchemin ? J’en parlerai ce soir à Samuel. Il y a certainement une autre explication car qui aurait pu en vouloir à Bernard d’avoir déchiffré ce manuscrit au point de le supprimer.
- Je ne crois pas aux concours de circonstances.
- Tu crois donc mordicus qu’un lien existe entre l’accident et ton cambriolage.
- Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. La police à l’air de le croire aussi.
- Cela me dépasse. On réfléchi, on se rappelle et je t’embrasse.
- Bisous.
EC 13DSamuel rentre de ses cours et écoute avec une grande attention le récit de ma conversation avec ma cousine et conclut :
- Je pense comme Rosine, je ne crois pas à ce genre de coïncidences, mais qui irait jusqu’à cambrioler et tuer pour s’approprier ce parchemin ?
- J’ai une idée mais je n’ose pas l’exprimer tellement elle me parait inconcevable.
- Au point où nous en sommes, dis toujours.
- Le Vatican ! Au cours de l’histoire, ils n’ont jamais hésité à utiliser les grands moyens. Mais nous sommes au XXIème siècle… tu vois bien que mon idée est ridicule.
- On a vu pire. Si on suit ta théorie sur l’importance du parchemin, après tout, pourquoi pas.
- Te rends-tu compte de ce que cela signifie ?
- Pas vraiment, tu sais bien que les religions et moi… Je te ferai simplement remarquer que depuis que tu as lu la traduction de Bernard, tu passes ton temps à expliquer que ce texte remet en cause certains fondements de la théologie chrétienne. J’ai fini par te croire mais pour moi, cela reste très théorique.
- Bien sûr mon chéri mais pense aux fous de Dieu, aux intégristes islamistes et autres allumés prêts à se transformer en kamikazes.
- Tu connais mon opinion à leur sujet : des cons qui suivent des salauds !
- Je sais mais imagine un instant que nous ayons à faire à cette sorte de fanatisme.
- Ton raisonnement se tient.
- Il faut en avoir le cœur net. Rosine suggère que tu en parles au père de Bernard.
- Je ne veux pas appeler Pierre en ce moment. Je préfère attendre quelques jours pour qu’il soit en état de raisonner. A l’enterrement, j’ai failli ne pas le reconnaître tellement il paraissait vieilli.
- D’accord, d’autant plus que si ses enfants sont morts à cause de nous, il vaut mieux amortir le choc.
- Si c’est le cas je vivrai toujours avec ça sur la conscience.
- Tu as tort de culpabiliser, personne ne pouvait savoir.
- Oui mais c’est moi qui lui ai remis le parchemin.
- Ce n’est pas une raison pour qu’un terroriste s’arroge le droit de le tuer.
- Je te propose de mener notre propre enquête. Dans quelques jours, je téléphonerai à Pierre. Entre temps nous allons établir une liste de suspects potentiels.
- C’est facile, il y a Ludwig, le Nonce, le Vatican, le patriarcat d’Istanbul, sans oublier toutes les personnes à qui Bernard a pu en parler à Science Po ou ailleurs.
- J’espère qu’il a tenu sa promesse de ne pas diffuser le texte.
- Je n’en suis pas si sûr. Il avait l’air contrarié quand tu lui as demandé de temporiser.
- Nous avons assez divagué pour ce soir. Dînons et allons au cinéma pour nous changer les idées. La nuit porte conseil. Et s’il s’agissait tout simplement d’un concours de circonstances ?
- Nous voilà revenus à la case départ.
Samuel prend tendrement sa compagne dans ses bras et l’embrasse.
- Préparons-nous. As-tu une idée des programmes…

2 Responses to “Chapitre 13 L’auréole…”

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