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05.20.10

Chapitre 12 Solidarités…

EC 12A Solidarités policières

L’inspecteur Ahmed Salim compatit à la douleur d’un père mais si l’on devait rouvrir tous les dossiers d’accidents pour satisfaire les familles éplorées, avec six mille personnes qui meurent chaque année sur les routes les effectifs et les budgets de la police ne suffiraient pas.
Lorsqu’il réalise que l’homme assis en face de lui est le conseiller municipal qui s’est élevé contre l’édification d’une nouvelle mosquée à Saint-Denis, il se sent pris au piège. Habitant Aubervilliers, il a suivi le combat mené par sa communauté pour obtenir un nouveau sanctuaire. L’écho de cette affaire a dépassé les limites du département lorsque les médias s’en sont emparés et elle a fait grand bruit dans tout le pays. En tant que musulman, il réprouve l’attitude de l’élu mais refuser de rouvrir le dossier pourrait être mal interprété par sa hiérarchie. Qui sait si on ne l’accuserait pas d’avoir privilégié son appartenance religieuse au détriment des obligations de sa fonction. Fraîchement muté, au-delà des quolibets qu’il subit journellement, il n’évalue pas encore très bien le taux de racisme réel de ses collègues. Pour montrer sa bonne volonté, il lance devant Pierre une recherche informatique. En quelques minutes son écran affiche dix sept Golf noires immatriculées MA dans les départements dont les indicatifs commencent par le chiffre 9. L’une d’entre elles a été volée la veille de l’accident et a été retrouvée trois jours plus tard à Drancy.
Toujours en présence de Pierre, le policier zélé téléphone au commissariat de Drancy. On lui apprend l’interpellation de Khaled Miroumi, un jeune de la Courneuve déjà interpellé pour plusieurs agressions dont les empreintes ont été relevées dans la voiture volée.
- J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, la justice va pouvoir suivre son cours.
- Je vous remercie monsieur l’inspecteur. Mais ce n’est pas tout – Pierre montre à Ahmed Salim la lettre de menaces qu’il a reçue – J’ai besoin de savoir s’il existe une relation entre Miroumi et cette lettre.
Sans avouer qu’il fréquente parfois le même lieu de prières que Khaled Mirouni, le policier embarrassé choisi de faire à son interlocuteur une réponse évasive :EC 12B- Je vais faire mon possible. Comptez sur moi Monsieur Laudinier.
Le soir même, l’imam est surpris de voir débarquer Ahmed Salim chez lui à l’improviste :
- Je suis tenu au secret professionnel mais j’enquête actuellement sur la mort de Bernard Laudinier, fils du conseiller municipal qui a voté contre notre projet de mosquée. Il pense que son fils a été assassiné en représailles.
- Comment en est-il arrivé à cette conclusion ?
- Il a reçu une lettre anonyme de menaces.
- Avez-vous une idée du nom de l’idiot qui fait cela ?
- La police de Drancy a arrêté Khaled Mirouni, il a volé la voiture qui, selon toute vraisemblance, a provoqué l’accident mortel.
- Je le connais, il est très attaché aux intérêts de la communauté et assez fou pour avoir voulu les défendre de cette manière. Il serait souhaitable, pour notre communauté, que je puisse le voir afin de parvenir à le convaincre d’avouer une simple tentative de vol qui a mal tourné.
- S’il accepte, avec son casier judiciaire, on le croira facilement. Le problème est que la procédure en cours interdit toute possibilité de visite. Je vais essayer d’obtenir une dérogation auprès de mes collègues – Changeant de conversation – Avez-vous eu le loisir d’étudier le document que je vous ai adressé ? Que signifie-t-il ? Je ne crois pas vous l’avoir dit mais il se trouvait dans le bureau du fils de Pierre Laudinier.
- Je l’ai lu avec attention. Effectivement, certains aspects de ce texte pourraient gêner les chrétiens. Je ne souhaite pas vous en dire plus. Actuellement, notre intérêt est de préserver nos bonnes relations avec les catholiques.
EC12CSur l’intervention d’Ahmed Salim, l’imam Jacques Assoulehim est autorisé à rendre visite à Mirouni. Le prisonnier du commissariat de Drancy est un islamiste extrémiste peu enclin aux compromis. Il porte comme il se doit un sweater à capuche. La tête couverte en permanence, il s’exprime de manière saccadée avec des gestes qui animent tout son corps. Il n’apprécie guère la personnalité de son visiteur mais respecte sa fonction. Il l’écoute sans un regard :
- Tu as fait une lourde erreur, ton acte risque de compromettre définitivement nos chances de voir bientôt naître un nouveau sanctuaire à la gloire d’Allah.
- Il fallait pourtant bien que quelqu’un prennent la défense du prophète. Vous êtes trop mous, vous ne faites rien pour défendre et imposer la charria.
- Je sais que tes intentions étaient pures, mais crois-moi, tu as mal agis. Dans ce pays, si nous voulons arriver à nos fins, nous devons employer d’autres moyens et vaincre sur le terrain de nos adversaires.
- Comment réparer ?
- Je ne vois qu’une solution : t’accuser d’avoir voulu seulement arrêter la voiture pour dévaliser ses occupants et nier tout acte de vengeance.
- Mais je vais être condamné à vingt ans.
- C’est le prix à payer. Tu as fais mourir un professeur spécialiste des écritures anciennes et si tu veux vraiment qu’un nouveau minaret sorte de terre sur cette terre peuplée d’infidèles tu dois faire comme le prophète le veux et tes fautes te seront pardonnées. Ce sera ton jihad.
- Je ne comprends pas, ce professeur était le fils d’un ennemi du prophète.
- Cela ne l’a pas empêché de traduire des parchemins anciens très importants pour les chrétiens comme pour nous. La majorité des français sont catholiques et nous devons toujours nous méfier de leurs réactions.
- Je sais qu’ils sont très attachés aux anciens textes.
- Pourquoi ?
- Il n’y a pas longtemps, j’ai « travaillé » pour un voisin catholique.
- En quoi consistait ce « travail » ?
- M’introduire chez une vieille de Périgueux pour dérober des papiers catholiques. Tout c’est bien passé, il n’y a pas eu de violence.
- C’est heureux, et quel sont les noms du copain et de cette femme ?
- Jean Ramirez et Rosine Dujorlin. J’ai été très bien payé.
- Combien ?
- Dix mille euros plus les frais. Vous n’allez pas me dénoncer ?
- Si tu fais comme j’ai dit, non ! Les papiers que tu as volés devaient être importants, ton voisin a-t-il fait un commentaire à leur sujet ?
- Rien, sauf que je lui avais rendu un grand service et qu’il me le revaudrait. Je lui ai remis le butin, il m’a payé, c’est tout !
Après cet entretien, Assoulehim demande à Salim de s’informer sur les traces éventuelles laissées par « le travail » de Mirouni. Quelques heures plus tard, il est rassuré par Salim qui lui confirme que le dossier a été classé sans suite. Ses collègues lui ont même adressé par télécopie le duplicata du dépôt de plainte avec l’énumération et la description des documents subtilisés dans la liste desquels figure un parchemin en araméen déchiffré par Bernard Laudinier. Les deux hommes conviennent que cette coïncidence mérite d’être vérifiée. Le confrère du commissariat de Périgueux accueille la voix de Salim avec sarcasme.
- A Paris, vous avez du temps à perdre avec des histoires de vieux papiers sans intérêt pendant que nous peinons avec les moyens du bord pour résoudre les affaires criminelles.
- C’est politique, je ne peux pas vous en dire plus.
- Ah ces huiles ! Ils nous mettent la pression d’un côté et nous empêchent de faire notre boulot de l’autre. Puisqu’il le faut, je vais faire un saut chez cette femme et je vous tiendrai au courrant.

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