Chapitre 11 Enquêtes et…
Enquêtes et nostalgies
EC 11A Pierre et Raymonde ont le cœur doublement serrés en descendant l’avenue de la République. D’abord il y a le Lycée Voltaire que Bernard a fréquenté jusqu’au Bac. Plus bas, en face l’école communale ou Pierre et Raymonde ont obtenu leur certificat d’études. Est-ce la disparition de leur fils unique qui ravive leur mémoire de temps révolus ?
Devant la mère de Laure, ils égrènent le chapelet d’un univers métamorphosé.
Le quartier foisonnait de petits ateliers de mécanique dans lesquels une multitude de tourneurs, emboutisseurs et fraiseurs … usinaient des pièces métalliques. Les rues Guillaume Bertrand, du Chemin Vert, Servan, Saint-Maur… bourdonnaient d’une population ouvrière active.
Le père de Pierre avait acheté l’appartement du 92 avenue de la République à crédit, avec la caution du patron de l’atelier Miderman dont il était le contremaître. A quatorze ans, Pierre était naturellement entré en apprentissage chez Miderman. A l’époque, la formation de tourneur et l’appartenance syndicale allaient de pair comme une évidence. Il avait rencontré Raymonde au square Maurice Gardette. Toutes les bandes de jeunes se donnaient rendez-vous à la sortie des ateliers dans ce jardin public exigüe pour palabrer autour du kiosque à musique.
Il avait été immédiatement séduit par cette petite brunette aux yeux étincelants, un peu ronde aux cheveux longs et noués en queue de cheval. Elle avait répondu à ses avances et ils avaient flirté pendant plus de six mois très chastement car en cette époque prude et sans pilule, le carcan social enfermait encore les hommes dans un rôle qui ne favorisait pas l’émancipation féminine. Après cette période de flirt, leurs fiançailles officielles les avaient suffisamment libérés pour « mettre Bernard en route » et précipité leur mariage.
Premières victimes des trente glorieuses, ils avaient ensuite tardé à s’établir car les immeubles de logements qui avaient remplacé progressivement les ateliers transférés en périphérie étaient proposés à des prix devenus inaccessibles pour les ouvriers.
Premiers émigrés de l’intérieur ils avaient été obligés d’abandonner l’univers du quartier de leur enfance. Incapables de faire face au renchérissement des logements dans Paris, ils avaient fini par acheter un F4 dans une barre d’immeuble située dans un quartier ouvrier de Saint-Denis afin de laisser l’usage de l’appartement de l’avenue de la République à Bernard et Laure pour les aider à débuter dans la vie.
Le monologue se poursuit devant une collation dans la salle du café qui portait jadis l’enseigne « Les Bluets » :
- A l’époque, à la place de la terrasse il y avait un banc d’huitres. Chaque dimanche, j’apportais un plateau vide à Marcel pour le faire garnir de fines claires ou de belons et j’attendais la fin de l’opération en faisant un flipper avec les copains.
EC 11B Voyant qu’il s’apprête à vanter ses performances au baby foot, Raymonde interrompt son époux. Il comprend et obtempère :
- Il est temps de nous rendre dans l’appartement. Ce n’est pas loin, regardez, on voit les fenêtres depuis le café.- Après un court silence – Revenir dans le lieu où j’ai grandi me fait toujours une impression étrange. Bernard a bénéficié du logis familial après la mort de mes parents, avec Laure, ils faisaient partie de la nouvelle couche sociale qui a remplacé progressivement les ouvriers dans le centre de Paris.
Raymonde enchaîne :
- Ils avaient envisagé de s’installer à Saint-Denis mais nous estimions que c’était mieux pour eux de vivre ici. Cela a pris du temps mais, petit à petit, nous nous sommes adaptés et pris de nouvelles habitudes, n’est-ce pas Pierre ?
- Oui, allons !
Réunis dans l’appartement, ils n’osent toucher à rien. Ils ressentent la présence de Bernard et de Laure dans tous les objets qui les entourent.
Le logement est bien tenu, sa décoration est moderne sans ostentation mélangeant des meubles récents et anciens. Il faut dire que Laure a réaménagé l’espace de manière fonctionnelle. Dans le séjour qui fait office de salle à manger et salon les cloisons sont agrémentées d’une reproduction du célèbre tableau de Braque représentant un oiseau dont les ailes sont serties d’une ligne dorée et de quelques toiles originales chinées au fil du temps dans des brocantes. Le large lit imitation Louis XV des grands parents est resté dans la chambre. Il a été rénové ainsi que les tables de nuit marquetées. Des doubles rideaux en velours accentuent l’intimité de la pièce éclairée uniquement par des lampes de chevet qui diffusent une lumière tamisée. Tout est parfaitement rangé sauf le cabinet de travail de Bernard, installé dans une chambre d’enfants que le couple n’a pas souhaités.
Au comble de l’émotion, ils finissent par s’asseoir tous les trois sur le canapé du salon ou Pierre rompt le premier un lourd silence.
- Voilà ce qui m’a été remis au commissariat. Il y a un dossier qui contient un drôle de document que Bernard a déchiffré pour son ami Samuel Mosche. Il m’en avait parlé et brûlait d’en communiquer le contenu à la presse soit disant pour embêter le Vatican.
Sylvia Mariopoulos, la mère de Laure examine le texte du parchemin et s’exclame :
- Je comprends, Laure avait raison d’être furieuse après moi. Qu’elle idée j’ai eu de lui demander de recevoir ce pope pour rendre service à un ami !
Devant l’air décontenancé de ses interlocuteurs elle poursuit :
- Vous allez comprendre. Après la mort de mon mari, j’ai trouvé un grand réconfort dans la présence de Patrick Dimalesco, jeune ecclésiastique, devenu depuis exarque d’Istanbul. Il m’a téléphoné il y a quelques temps pour me demander d’intervenir auprès de Laure afin qu’elle accepte de recevoir le père Samalos, un pope qui exerce son apostolat dans l’église orthodoxe de la rue Daru à Paris. En souvenir de sa prévenance, il m’était impossible de refuser. Je l’ai simplement averti du manque de considération de ma fille pour l’institution religieuse. Le pope Samalos savait que Bernard avait déchiffré un parchemin rédigé en araméen. Seul Dimalesco pouvait l’avoir mis au courant. Il a exigé de Laure qu’elle lui en remette l’original s’il se trouvait encore dans le bureau de son époux. Vous connaissiez Laure et vous imaginez comment elle a dû virer l’importun. Elle ne m’a pas donné de détails mais elle était furieuse et m’a enjoint de ne plus jamais, pour reprendre ses propres paroles « ne plus jamais lui faire ce coup là ». Il est évident que c’est ce texte dont il s’agit. J’ai beau le lire et le relire, je ne comprends pas pourquoi Bernard pensait que sa publication gênerait le Vatican.
- Nous verrons plus tard. Il y à autre chose qui me tarabuste : le rapport de gendarmerie fait état d’un témoin de l’accident. Ses déclarations n’ont pas été jugées assez fiables pour faire l’objet d’une enquête complémentaire. Puisque nous sommes ensemble en ce triste jour, j’aimerais que nous en profitions pour nous rendre à Pont-sur-Yonne. Ce pèlerinage nous donnera l’occasion de fleurir l’endroit où nos enfants on trouvé la mort et, qui sait, retrouver le témoin et récolter quelques informations supplémentaires sur les circonstances exactes de l’accident.
EC 11C Sur place, il ne leur faut pas bien longtemps pour trouver le pavillon ou demeure Michel Aligot. Le retraité est, comme à l’accoutumé, installé dans un fauteuil de plage face à la route. En le voyant mal rasé et vêtu de guenilles, s’exprimant avec difficulté on comprend la réticence des gendarmes à considérer sérieusement le témoignage de cet homme. Sans se lever de son siège, il toise d’un regard en biais ces envahisseurs ne voulant pas laisser paraître qu’il considère leur visite comme une aubaine inespérée propre à égailler sa journée et occuper ses pensées pendant quelques jours. Il prend donc l’initiative d’engager la conversation :
- C’est un souvenir horrible qui me réveille encore chaque nuit. Quand je vous ai vu arriver, j’ai eu peur que ce soit les voyous qui ont fait la queue de poisson à vos enfants.
- Pourquoi ?
- Vous avez la même Golf noire et presque le même numéro d’immatriculation qui se termine par
MA 9.
- Vous n’avez pas signalé ce fait aux gendarmes.
- Non, cela vient de me revenir car MA sont mes initiales. Les tôles de la voiture de ces malheureux était si tordues que les pompiers ont mis plus d’une heure pour les désincarcérer. Quand ils ont allongé les corps sur le bord de la route pour essayer de les ranimer, j’ai tout de suite compris qu’il n’y avait plus rien à faire. J’en ai vu d’autre pendant la guerre d’Algérie. J’ai fait mon service militaire à Blida…. Mais je vous fais de la peine et je vous ennuie…
- Non, non, pas du tout …
Conscient que ses visiteurs essayent de se défiler, le retraité tente une diversion.
- J’ai une eau de vie que je garde pour les grandes occasions, je suis sûr qu’un petit coup vous fera du bien.
- Non, merci, nous n’avons pas l’habitude de boire de l’alcool à cette heure de l’après midi.
Après cet échange où il est plus question des souvenirs de régiment de Michel Aligot que des circonstances de l’accident, Sylvia, Raymonde et Pierre parviennent enfin à interrompre leur interlocuteur et prennent congé.
Sous les yeux du témoin déçu de les voir repartir si vite, ils déposent une gerbe de fleurs à l’endroit de l’accident.
Pendant le trajet du retour, Raymonde trouve que son mari montre un visage empreint d’inquiétude sans rapport avec la peine qu’ils éprouvent tous les trois
- Mon chéri, tu as l’air bien soucieux.
- Je songe aux menaces dont j’ai été l’objet pour m’être opposé à la construction d’une nouvelle mosquée.
- Quelles menaces ?
- Une lettre anonyme adressée à la mairie de Saint-Denis à mon intention. L’auteur affirmait que ma famille ne serait pas à l’abri si je persistais dans mon opposition au prophète, à l’Islam… et que sais-je encore.
- De l’intimidation ?
- Peut-être, mais je veux en avoir le cœur net. Je vais retourner au commissariat. Avec la marque, le modèle de la voiture, les deux lettres et le premier chiffre du numéro de département, l’inspecteur en charge de l’enquête dispose certainement d’un moyen de retrouver le véhicule incriminé.
- C’est une bonne idée.
- Ensuite je vais prendre rendez-vous avec Albert Renard. Tu te souviens, ce camarade qui a quitté le parti pour protester contre notre soutient indéfectible à Staline. Il travaille comme journaliste au Monde. Il pourra sûrement nous aider à comprendre le texte déchiffré par Bernard.
- Je ne suis pas sûr que ce soit le bon interlocuteur. A l’époque, il n’était pas le dernier à « bouffer du curé »
- S’il ne comprend pas mieux que nous, il pourra toujours faire appel à ses relations de journaliste.
- Pourquoi ne demandes-tu pas directement à Samuel Mosche ?
- Il n’est pas de notre bord. Je sais que c’est un collègue que notre fils appréciait énormément, mais en tant que responsable communiste, je ne veux pas montrer mon intérêt pour un texte religieux. Avec Renard, ce n’est pas pareil, on a combattu ensemble.
- Je crois quand même que tu dois parler à Samuel.
- Oui, finalement tu as peut-être raison.
Quand Pierre Laudinier nous contacte, nous sommes très perturbés par ces informations. Il souhaite accéder à l’original du parchemin dont Bernard lui a parlé peu de temps avant de mourir. Nous devons lui expliquer que contrairement aux vœux exprimés par son fils, nous nous opposons pour l’instant à la diffusion de son contenu. Nous profitons de l’occasion pour lui faire part du lien établi par la police entre le vol subit par Rosine et l’accident de Bernard. Il nous promet d’en parler à l’inspecteur de police responsable de l’enquête et de nous tenir au courant.

Wo…Nice Blog, Nice tips, Great article!, I have recently started a blog, the information you provide on this site has helped me tremendously. Thank you for all of your time & work. Well Come Back To My Blog Forex Trading
http://www.forexdatatoday.com