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04.02.10

Chapitre 8 Voyous…

Les plus voyous ne sont pas toujours ceux qu’on croit

EC 8a Dimanche dix heures trente, Carrefour des 4 routes, au coin de l’avenue Lénine à La Courneuve, un attroupement black, blanc, beur se forme autour de la Mercédès 300 qui vient de se garer devant l’église Saint-Yves. Entourés de deux gardes du corps, Monseigneur Isaldi et le père Popielaz pénètrent dans l’édifice en brique rouge.
Ils sont venus pour concélébrer la messe avec le père Pivotin, jeune, beau et grand prêtre sportif adepte du judo et fraîchement nommé curé de cette paroisse. L’opportunité de pratiquer son art du combat rapproché ne s’est pas encore présentée car depuis sa nomination, il n’a pas eu l’occasion d’aller prêcher la bonne parole à la cité des quatre mille pourtant proche de son presbytère.
Après l’office, en compagnie de leur hôte, les visiteurs se mêlent aux paroissiens en disant un mot à chacun. Ils en profitent pour s’entretenir plus longuement avec le président de l’association de la vénération du Christ, Jean Ramirez. A juste vingt ans, il anime un groupe de jeunes fervents catholiques qui prêchent une obéissance aveugle aux directives du Pape et de l’église, Affirmer leur identité est à leurs yeux le meilleur moyen de vaincre le vice, la délinquance et les progrès du pouvoir islamiste.
Jean Ramirez et sa troupe participent assidument à l’organisation des fêtes paroissiales, ils aident les habitants défavorisés et animent des cours de catéchisme. Sans espoir d’égaler les chefs croisés lancés à la conquête de Jérusalem, c’est aussi en s’appuyant sur l’association de la vénération du Christ que le père Pivotin assouvit ses fantasmes missionnaires en cette terre d’Islam. La relation de ces exploits fait germer une idée dans l’esprit d’Yvan Popielaz. Sous le prétexte d’envisager les moyens de promouvoir le dynamisme de cette association dans toutes les cités du département de la Seine Saint-Denis, il prend l’initiative d’inviter son président à la nonciature.
Portant ses jeans les plus « in », son blouson le plus « class » et ses basquets les plus « flash », la tenue dont Jean Ramirez s’est attifé détonne avec les ors de la nonciature ou il se présente dès le lendemain. Il pénètre timidement dans le cabinet de travail du nonce et pose maladroitement la moitié de son postérieur sur le fauteuil qui lui est présenté. Monseigneur Isaldi, resté debout, tourne autour de son invité comme un vautour qui s’apprête à dévorer sa proie et, d’une voix d’airain que le prélat essaye d’adoucir en vain :
- Détendez-vous ! Ici nous ne sommes que deux pécheurs décidés à offrir leur vie pour la cause du Seigneur. Il n’y a aucune différence entre nous, nos chemins sont distincts mais nous sommes guidés par la même foi et le même idéal : servir Dieu. Avant de parler de la manière dont nous pourrions soutenir votre action, seriez-vous prêt à servir votre église ?
- Ma vie appartient au Christ.
-  Il s’agit de défendre notre religion victime de la malveillance. Vous n’êtes pas sans savoir que nombreuses sont les âmes noires qui n’ont d’autre but que de nuire à la chrétienté.
- Là où je vis, je suis placé aux premières loges pour le savoir. Que puis-je faire et qu’attendez-vous de moi ?
- Des documents découverts à Périgueux chez une vieille dame servent la cause des ennemis de Dieu. Nous devons absolument savoir si elle n’en détient pas d’autres.
- Vous me demander d’organiser un cambriolage ?
- Le terme n’est pas approprié car il s’agit d’agir pour une juste cause. Je reconnais, mon fils, que mes paroles vous confrontent à un difficile cas de conscience, vous êtes libre de refuser mais promettez alors de garder le secret. Les ennemis du Christ ne doivent pas nuire à la foi.
- Je comprends mais c’est contraire aux commandements.
- L’histoire a souvent montré que certaines transgressions étaient nécessaires pour préserver l’intégrité de la chrétienté. Si vous acceptez, nous ne devons pas être soupçonnés. Aucun catholique ne doit participer à l’opération. A la Courneuve, vingt mille euros devraient suffirent au recrutement d’une petite équipe de mercenaires. L’aller-retour en Dordogne ne leur prendra que peu de temps.
- Si Dieu le veut, j’accepte. EC 8b- Voici l’argent – Le nonce tend une enveloppe à Jean Ramirez – Encore trois choses, nous ne devez pas apparaître, aucune violence ne saurait être tolérée et, dans l’avenir,  je serai votre seul confesseur. Revenez me voir dans une semaine et nous reparlerons de nos autres projets. Que Dieu vous bénisse mon fils.
Comme chaque fois, le prêtre en gris réapparait subitement mais ne s’incline pas respectueusement devant ce visiteur avant de le conduire vers la sortie.
Quelques jours plus tard, personne ne remarque l’homme couleur muraille taguée qui sort de la gare de Périgueux. Il remonte à pieds jusqu’au cours Tourny et s’installe dans la salle du café portant le même nom. Dans la ville du foie gras et du confit on ne rencontre pas souvent un consommateur de cet acabit. Le serveur a vu immédiatement que l’homme n’était pas de la région. Avec l’empathie qui caractérise les habitants du Périgord, il s’enquiert du « où quand, comment, pourquoi » de son client basané. Ce dernier  finit par être sauvé des assiduités verbales et accentuées du loufiat lorsqu’un autre homme s’installe à sa table.
Le garçon prend la commande du nouveau venu en faisant nettement sentir qu’il n’apprécie pas le comportement d’un intrus sans culture qui ne daigne pas répondre à des questions aussi insignifiantes que « Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Où allez-vous ? »
Après s’être assuré que le serveur a choisi d’autres victimes pour s’épancher, le deuxième arrivé explique que Rosine Dujorlin est une habituée de cet établissement où elle vient boire un thé chaque après midi.
Comme prévu, Rosine entre quelques minutes plus tard et se dirige vers la table où elle a coutume de s’installer. Sans avoir eu besoin de passer sa commande, le serveur lui apporte un thé citron accompagné de petits sablés au sucre. Selon un scénario préalablement mis au point, l’un des hommes se lève, un guide de la ville à la main. Il demande à Rosine de lui situer le musée archéologique sur son plan. Hélé par d’autres clients, le serveur qui sait tout n’a pas le temps de s’interposer. Rosine juge plus simple de se lever et de sortir avec le supposé touriste pour lui montrer de visu le bâtiment du musée qui se trouve 24 du cours Tourny, sur le même trottoir à quelques encablures de la brasserie. Entre temps, le complice resté dans la salle, se lève pour se rendre aux toilettes, fait un détour vers la table de Rosine et verse, sans être remarqué, un peu de poudre soporifique dans le thé.
Le soir venu, les deux voyous profitent du sommeil profond de leur victime pour pénétrer dans sa maison par effraction. En bons professionnels, comme prévu au contrat, ils raflent tous les papiers et documents qui leur tombent sous la main et attendent l’aube du lendemain pour prendre le premier train pour Paris.
Les cambrioleurs habitent la même barre de la cité des quatre mille que Jean Ramirez. Personne ne trouve suspect qu’ils se rendent dans les sous-sols rejoindre leur commanditaire. Il est dommage que les ampoules des couloirs où ils progressent ne soient pas prêtes de retrouver leurs douilles car le manque de luminosité rend impossible de profiter des graffitis et dessins obscènes tracés par des artistes dont les œuvres se négocient aujourd’hui à prix d’or. Longeant sans hésitation des caches d’objets volés évitant ici un tesson de bouteille, là une seringue usagée, ils parviennent dans une pièce aménagée en salle de réunion. Bien éclairé, ce lieu est protégé des intrusions inopinées de la maréchaussée. C’est dans cet abri que Jean Ramirez remet à ses comparses le solde de leur salaire en échange de leur larcin.
Le jour suivant, le président de l’association de la vénération du Christ se rend à la nonciature. Il est attendu et l’homme en gris anthracite le conduit immédiatement dans le bureau de l’ambassadeur du Vatican.
- Voilà ce que vous m’avez demandé. Tout c’est passé selon vos vœux, pas de violence, pas de trace.
- Nous vous félicitons. Voyons votre récolte.
Le prélat feuillette les dossiers et constate qu’il ne contient que les copies des documents qu’il connaît déjà.
- Vous êtes certain qu’il n’y avait rien d’autre ?
- Nos amis m’ont affirmé qu’ils avaient tout ramassé.
- Parfait l’église vous en sera éternellement reconnaissante. – Le  nonce appelle un collaborateur – Je vous présente le Père Doriton, mon secrétaire. Comme prévu, il va étudier avec vous la possibilité d’étendre vos activités associatives ici ou en Afrique. Ma porte vous sera toujours ouverte et n’oubliez pas que je reste votre seul confesseur. Au revoir et soyez béni mon fils.
Le Père Doriton prend en charge Jean Ramirez conformément aux ordres reçus.
Comme au théâtre, dès que les deux acteurs sont sortis côté cour, Yvan Popielaz entre en scène côté jardin et examine le butin :
- Il n’y a que des photocopies. Je me demande ou peuvent bien se trouver les originaux. Roger Ludwig le sait peut-être ou il pourrait essayer de le savoir.
- Je n’ai pas beaucoup d’espoir. Il pense que la famille Cavalore ne se doute de rien mais je n’y crois pas.
- Demandez-lui quand même. J’espère que vous aurez du nouveau à mon retour d’Istanbul.
EC 8c Quand Rosine s’est aperçue du cambriolage dont elle a été victime, son premier mouvement a été de me prévenir par téléphone :
- Ma chérie, on m’a cambriolé cette nuit. Je ne t’aurais pas dérangé si tôt pour un vol de bijoux ou d’argenterie, mais on ne m’a pris que le dossier contenant les photocopies des papiers de Gouffier. Ils ont même laissé l’argent qui traînait sur la table de ma salle à manger.
- Et les originaux ?
- Ils sont dans mon coffre à la banque comme tu me l’as conseillé. C’est toujours désagréable de se faire voler avec effraction mais là ce n’est pas grave, simplement étrange.
- C’est plus qu’étrange. C’est un coup monté ! Mais par qui ?
- Je ne vois pas qui pourrait s’intéresser à ces vieilles paperasses.
- Je ne sais pas non plus mais je suis certaine que tes voleurs  espéraient récupérer les originaux. Tu n’es pas trop choquée.
- Non mais depuis hier soir, j’ai constamment envie de dormir. D’ailleurs je n’ai rien entendu. Je vais me pincer, cela me réveillera. Dès que je raccroche, je vais faire ma déclaration au commissariat pour faire jouer mon assurance car mes voleurs ont brisé la porte d’entrée.
- C’est quand même curieux que tu n’aies rien entendu. Tu as du être droguée…
- Impossible, je fais ma cuisine moi-même et je ne prends jamais de médicament.
- Réfléchis !
- Je ne vois vraiment pas. Je ne mange pas au restaurant. La seule récréation que je m’octroie chaque jour est d’aller prendre un thé au café Tourny.
- Tu étais seule ?
- Oui ! Je me rappelle seulement avoir donné un renseignement à un type qui cherchait le musée d’archéologie.
- Essaye de te souvenir des circonstances exactes et fais en part à la police en évitant de leur donner trop de détails à propos des documents.
- Je vais essayer.
- Tu me tiens au courant, bisous !
-Bisous aussi à toi et à Samuel.
En marchant de la rue Taillefer jusqu’au commissariat situé rue du Quatre septembre, Rosine a le temps de réfléchir à la manière dont elle va présenter son cambriolage aux policiers.
De nombreux fonctionnaires en uniforme et en civil passent et repassent sans cesse devant la salle d’attente. Ils parlent entre eux, se servent du café… Ces devoirs les absorbent à un tel point qu’ils ne leur laissent pas le loisir de s’occuper des victimes qui mijotent dans leur stress. Au bout d’une heure trente, Rosine est enfin reçue par un jeune inspecteur qui la salue à peine et se lance en préalable à sa déposition dans la ritournelle habituelle du débordement par manque de moyen, du matériel obsolète et du difficile contact avec le public. Son discours se termine par l’éternel « d’accord, on a la sécurité de l’emploi, mais on est si mal payé alors qu’on assume le service public jour et nuit. » Le contribuable, culpabilisé à point, fait sa déposition le plus rapidement possible avec le sentiment de perturber une administration qui a vraiment d’autres chats écrasés à fouetter.
- Je vous écoute Madame.
- On m’a cambriolé cette nuit.
- Vous n’êtes malheureusement pas un cas unique. Avec le chômage, les immigrés, il y a de plus en plus de délinquance. Aves-vous une pièce d’identité ?
Rosine présente sa carte d’identité au préposé qui enregistre l’état civil de la plaignante en le tapant d’un seul doigt sur le clavier d’un ordinateur datant de la création du monde.
- Comment les voleurs ont-ils pénétré chez vous et que vous ont-ils pris ?
- Ils ont fracturé la porte.
- Vous n’avez rien entendu ?
- Non, d’habitude j’ai pourtant le sommeil léger. Mais depuis hier j’ai tout le temps envie de dormir. Une amie pense que j’ai été droguée.
L’inspecteur ne veut manifestement pas explorer cette piste qui l’obligerait à entreprendre de laborieuses investigations. Il enchaîne donc avec un tact inégalable :
- C’est sûrement votre âge.
Rosine ne relève pas l’affront :
- L’étrange est qu’on ne m’a volé que des papiers.
- Pas d’argent, pas de valeurs ?
- Non.
- Quel genre de papiers ?
- Des photocopies sans intérêt de documents concernant ma famille.
- Qui aurait pu avoir intérêt à vous les subtiliser ?
- Personne en particulier.
- Alors c’est sûrement des jeunes qui se sont lancés un défi, une sorte de jeu de rôle. On voit cela souvent ces temps-ci.
- Vous avez certainement raison.
- Inutile de vous dire qu’il y a peu de chance pour que nous retrouvions vos voleurs.
Le policier imprime la déposition et demande à Rosine de la signer.
- Voilà une copie pour votre assurance. Nous servons au moins à cela.
L’homme se lève pour signifier la fin de la procédure et va se reposer de son effort. Le prochain client peut attendre.

5 Responses to “Chapitre 8 Voyous…”

  1. Antoine Arenz dit :

    Dio mio, ho pensato che avrebbero chip con alcuni insght decisivo alla fine lì, non lasciarla con ‘lo lasciamo a voi decidere’.

  2. would it be possible to translate your website into spanish because i have difficulties of speaking to english, and as there are not many pictures on your website i would like to read more of what you are writting

  3. admin dit :

    Non malheureusement je ne connais pas l’Espagnol Bonne lecture quand même

  4. Alden Mecum dit :

    you have a good sense of humour.

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