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02.16.10

Chapitre 5 Vacances…

Vacances à Istanbul et au Monténégro sur fond de controverse eucharistique

EC 5a Nous avions depuis longtemps le projet de visiter Istanbul (L), mais à l’évidence, deux semaines seraient insuffisantes pour rechercher les traces éventuelles de la découverte d’Adhémar laissées dans les archives byzantines. Pour préparer notre périple, Samuel contacte un de ses anciens élèves, Aslan Biligili. Il espère que ce chercheur en poste à l’Institut de recherche français (L) à Istanbul pourra consulter les archives de l’époque d’Alexis 1er conservées en Turquie. Le cas échéant, il le charge de recruter quelques étudiants afin d’en extraire, avant notre arrivée, ce qui pourrait concerner Adhémar de Monteil.
La veille de notre envol pour Istanbul, nous recevons par télécopie le résultat du travail de Bernard Laudinier. Il a réussi à déchiffrer le texte du parchemin rédigé en araméen :
Après la cène, Jésus me dit : Prends cette vasque qui, comme la coupe, contient mon sang : le sang de l’alliance. Que les hommes la garde jusqu’au jour de la résurrection. En vérité, je te le dis, la résurrection aura lieu quand la paix existera entre tous les hommes sur terre. Ce jour là, nous boirons de nouveau le produit de la vigne dans le royaume de Dieu. Que dieu nous aide. Signé : Jacques, cousin de Jésus (L).
Samuel pérore :
- C’est exactement ce que j’avais prédit : une babiole de plus à faire vénérer.
- Cette babiole comme tu dis est une véritable bombe. Laudinier ne t’a rien dit ?
- La famille Laudinier est communiste de père en fils depuis plusieurs générations. Je les soupçonne même d’avoir été membres du parti avant la naissance de Karl Marx. L’opium des peuples n’est pas leur tasse de thé.
- As-tu déjà assisté à une messe ?
- Pas très souvent.
- Tu as quand même entendu parler de la communion.
- Tu veux parler du moment ou le prêtre boit du vin et avale des hosties.
- Cet acte porte un nom : l’eucharistie (L).
- Et alors ?
- Le mystère de l’eucharistie est l’un des piliers de la foi chrétienne. Je vais te montrer un chapitre du nouveau testament et tu vas comprendre.
Dans mon missel offert pour ma première communion, je lis à Samuel le texte qui institue l’eucharistie dans l’évangile selon Saint Mathieu (L) :
Jésus pris le pain, le rompit, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. » Puis, prenant une coupe, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous  ; car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour une multitude en vue de la rémission des pêchés. Je vous le dis, je boirai plus désormais ce produit de la vigne jusqu’au jour ou j’en boirai avec vous de nouveau dans le Royaume de mon père. »
- Où est la différence. Je ne vois toujours pas ce que tu veux dire.
- Le texte du parchemin implique une condition à la résurrection. Il dit qu’elle ne peut avoir lieu que lorsque « la paix existera entre tous les hommes sur terre. »
- Pour moi c’est bonnet blanc et blanc bonnet !
- Je ne pense pas que les gens d’église partagent ton opinion.
- Admettons, ce dont je doute, que ce texte soit une bombe, comment a-t-il pu être ignoré si longtemps ?
- En naviguant sur la toile nous avons repéré que le deuxième évêque d’Antioche, Evode d’Antioche (L) a pris la succession de Pierre lorsque ce dernier a émigré à Rome. Qu’il a en outre fait partie des 70 disciples (L) de Jésus qui assistèrent les 12 apôtres pendant 12 ans dans leurs travaux apostoliques. Certains ont pu penser que l’idée de subordonner la résurrection à la paix entre les hommes aurait un effet néfaste sur le rythme des conversions. Il valait donc mieux attendre pour révéler l’existence de ce message du Christ.!
-  Hou le vilain pêché !  Je commence à entrevoir les raisons de ta réaction. Mais alors, le dessin qui figure au verso du parchemin serait la représentation du  récipient qui a servi à verser le vin  lors de la cène (L). Je me demande bien ou cette fiole a pu passer. A notre retour, nous verrons ce qu’en pensent le nonce et ton ami Ludwig.
EC 5b Dès notre arrivé nous nous rendons à l’Institut de recherche français. Nous sommes accueillis par Aslan Biligili en compagnie de son directeur. Entre condisciples de Sciences-po la cordialité est de mise, au point que je me sens un peu intruse dans cette rencontre qui prend un tour de réunion d’anciens combattants.
Aslan a engagé une demi-douzaine d’étudiants afin d’investir les archives d’Antioche, d’Ankara, d’Istanbul… Leur pêche a été intéressante. D’abord, la missive d’un obscur moine qui informe Alexis 1er d’une découverte extraordinaire faite par le légat du pape dans une excavation ouverte dans un souterrain sous l’église de Saint-Pierre d’Antioche (L). Il précise que cela lui a été rapporté par un terrassier échappé par miracle au massacre de tous les ouvriers qui ont participé à l’entreprise. En marge du message quelqu’un a écrit à l’époque : Ceci a été fait pour dissimuler l’imposture.
Ils ont trouvé aussi le journal d’Olivier de Lastours, fils de Gouffier, mort à Jérusalem le 18 avril 1180. Il a été conservé avec les archives laissées par Alexis II Commène. Enfin il existe un double de l’ordre de mission d’un pope,  Milos Vadmus, envoyé à Rome par Alexis II en 1181 pour transmettre au Pape la teneur du carnet de route d’Olivier de Lastours. On ne sait pas si le message est parvenu à son destinataire car le prélat et son escorte ne sont jamais revenus.
Nous nous disons qu’un petit voyage à Rome vaudra peut-être la peine, à moins que le nonce… Mais le plus difficile a été de convaincre le patriarche de l’église orthodoxe. Détenteur de ces précieux manuscrits, il rechigne à nous les montrer et de nous en faire des copies, à moins que nous venions en personne lui exposer nos raisons et l’usage que nous comptons en faire. Nous acceptons cette invitation focée avec l’intention de ne pas divulguer l’existence du parchemin en araméen. Nous laissons donc croire à nos interlocuteurs que nous sommes juste des grands assoiffés de curiosités.
EC 5c Nous sommes obligés d’attendre deux jours  à l’hôtel Nena proche des grands sites touristiques de la ville, pour qu’Aslan nous conduise enfin au patriarcat (L) situé Rum Patrikanési – Fener Haliç. Le lieu passe pour être le plus prestigieux du monde orthodoxe. Autour de la résidence du patriarche, sont implantés une bibliothèque, des écoles et une église seul édifice accessible au public. Nous prenons le temps d’y pénétrer et de contempler sa riche décoration agrémentée de nombreuses icônes. Nous sommes reçus dans le bâtiment qui abrite l’administration par un homme en soutane dont émane une grande finesse d’esprit car le patriarche, que ses obligations sacerdotales ont retenu, a chargé son plus proche collaborateur l’exarque Patrick Dimalesco de le représenter. En préambule, nous devisons sur l’intérêt touristique des différentes parties d’Istanbul devant le café que notre hôte nous a fait servir ; puis, dans un français parfait, le prélat change brusquement de sujet :
- Ainsi vous êtes venu à Istanbul uniquement pour retrouver des traces de vos ancêtres.
C’est Sam qui répond le premier :
- Pas exactement, cela fait longtemps que nous projetions de visiter la Turquie. Florence – il me désigne d’un mouvement de tête – est une passionnée de généalogie et elle a en particulier un ancêtre qui s’est  illustré lors de la première croisade. En vidant une vieille malle entreposée depuis des lustres chez une cousine de la même lignée, elle a découvert par hasard le testament de Gouffier de Lastours dont voici une copie qui vous est destinée.
- C’est très aimable et j’en prendrai connaissance avec intérêt.
- Depuis, lorsque nos occupations nous en laissent le temps, nous procédons ici et là à quelques investigations. Notre voyage à Istanbul était donc une occasion de joindre la passion à l’agréable.
- Le journal de votre aïeul évoque quelque chose qui aurait été trouvé par le légat du pape à Antioche, qu’avez-vous appris à ce sujet ?
- A vrai dire, rien encore. A Paris, le nonce apostolique nous a promis de se renseigner à Rome. Il doit d’ailleurs nous recevoir dès notre retour.
- Je serai très heureux d’être tenu au courant. A mon tour de vous remettre la copie des parchemins que vous désiriez. Comme ils sont écrits en latin de l’époque, nous les avons fait traduire en français pour vous.
- Nous sommes très sensibles à cette attention et ne savons vraiment pas comment vous remercier. Puis-je vous poser encore une question, comment ces documents vous sont-il parvenu ?
- Pour le journal d’Olivier de Lastours, c’est très simple. A l’époque des croisades, les  chevaliers tués au combat étaient souvent dépouillés immédiatement par leurs ennemis. Mais lorsque le sort des armes nous était favorable, nos soldats récupéraient parfois certaines de ces reliques. S’il s’agissait de documents sans valeur apparente, il n’était pas rare qu’ils soient remis à l’église. Pour les autres textes, ils se trouvaient naturellement dans nos archives. Pardonnez-moi d’être indiscret mais avez-vous d’autres pistes en vue ?
- Avant de retourner à Paris, nous projetons une escale au Monténégro (L).
- Je pourrai peut-être vous aider.
- Nous vous remercions.
- C’est tout naturel et c’est à nous de vous remercier d’avoir pris du temps sur vos vacances pour venir nous voir.
Sous ses dehors affables, le sourire narquois esquissé par Dimalesco éveille en nous un vague sentiment de défiance.
EC 5dJe n’ai pas prononcé un mot pendant toute la durée de la visite.  Revenue à l’air libre, j’explose :
- Dans ce pays, les femmes ne comptent pas, il ne s’est adressé qu’à toi ! Fais attention, trop d’amabilité assassine l’amabilité. C’est comme après notre visite au nonce. Ce sont vraiment des spécialistes de l’encensoir.
En chemin vers la façade rouge de notre hôtel, Aslan nous confie que sans l’intervention du conseiller culturel de l’ambassade de France obtenue par son directeur, nous n’aurions jamais été reçu.
De retour dans notre chambre, je constate que le machisme turc a déjà imprégné la personnalité de mon Sam. Toute galanterie oubliée, il se jette sur le journal d’Olivier. Quand je lui fais remarquer son attitude, il me tend magnanime l’objet du litige. Je ne peux alors faire moins que de lui proposer de nous installer côte à côte sur le lit afin de le parcourir ensemble. J’étale d’abord les copies en latin en m’exclamant :
- Si nous faisons un jour une fille, promets-moi de ne jamais la prénommer Caroline.
La perspective de faire une fille provoque chez Samuel une tentative de digression manuelle que je stoppe sur le champ en lui demandant :
- Ils se sont bien gardés de nous montrer l’original. D’après toi nous ont-ils fourni la version intégrale ?
- Je n’en ai pas la moindre idée, lisons déjà la traduction. Et puis nous possédons des informations qu’ils n’ont pas. A propos, qu’as-tu fait de la télécopie de Bernard ?
- Je l’ai rangée dans mon sac, pourquoi ?
- Juste pour savoir, j’ai l’intuition que ta théorie n’est peut-être pas si bête.
- Merci monsieur le professeur, vous me voyez flattée !
- Deux détails étonnent ton professeur. D’abord le tempérament de Gouffier. Le galant ne devait plus être bien jeune en 1120 à la naissance d’Olivier.
- Et le second ?
- Eh bien Olivier est parti en dehors des grandes migrations de croisés. La première croisade était terminée et la seconde était encore dans les limbes. Pour prendre la route à presque soixante ans, il fallait avoir une sacré foi ou une autre sacré bonne raison.
Le préambule du journal, nous apprend qu’Olivier, fils de Gouffier est parti pour Jérusalem en juillet 1179  accompagné d’une modeste escorte. Son contenu est une chronique qui témoigne des évènements vécus par Olivier et sa troupe pendant leur voyage. Nous nous intéressons de plus près aux pages qui concernent sa halte à Svac

Elles ont été traduites ainsi :
Selon mon plan, j’ai fait halte à Svac. J’espérais découvrir là ce que mon père avait déposé. Malheureusement Etiennette et Ranulphe étaient morts depuis longtemps sans laisser de descendance. J’ai rencontré Robert, le petit fils de Jacques Nexon. Il m’a confirmé savoir que mon père avait confié un sac scellé à Etiennette  laquelle l’avait transmis à son fils Ranulphe sur son lit de mort en prédisant que la malédiction s’abattrait sur Svac si quiconque violait le sceau du Chevalier au lion. Ranulphe était mort subitement sans révéler la cachette du sac.
Depuis, craignant la malédiction, chaque famille de Svac avait construit un reposoir dans sa demeure pour rendre grâce chaque jour au Seigneur.
Le lendemain nous nous réveillons sur le spectacle d’Istanbul sous la neige. Après avoir admiré, fantasmagorie rare, la coupole de Sainte-Sophie tout de blanc vêtue,  nous nous embarquons pour les Iles du Prince. Depuis le débarcadère nous montons une  ruelle qui aboutit à une place de village digne d’un décor d’opérette. Nous pénétrons dans un estaminet pour nous réchauffer d’un thé à la pomme avant de faire le tour de l’île à pied. Le spectacle de somptueuses villas à moitié cachées par la végétation est fascinant. Sous la neige et closes, c’est autant de belles au bois dormant. Nous en sommes à imaginer des histoires de fantômes lorsque nous percevons le bruit du pas d’un cheval au trot qui se rapproche derrière nous. Un cabriolet s’arrête bientôt à notre hauteur. Deux hommes, emmitouflés et portant des lunettes noires, nous invitent à finir notre randonnée avec eux. Grelottants, nous acceptons. Nos compagnons de route qui ne parlent que turc ont l’air de sortir tout droit d’un film noir américain. Serions-nous espionnés ? En riant, nous chassons très vite ce début de tendance à la paranoïa.
EC 5eLe soir lorsque nous regagnons notre hôtel, nous sommes étonnés par la présence d’Aslan. Il est de confession orthodoxe et le pope de sa paroisse lui a rendu visite pour connaître les détails de la mission que nous lui avons confiée. Aslan précise qu’il voulait surtout savoir si nous étions en possession d’autres documents que  ceux remis la veille à Monseigneur Dimalesco. Nous lui jurons que non. Il nous croit : comment son professeur bien aimé pourrait-il lui mentir ? Il reste néanmoins intrigué et suggère que le contenu du testament de mon ancêtre n’est peut-être pas si anodin du point de vue de l’église
Pendant les deux jours qui nous restent, j’arrive difficilement à interrompre les élucubrations de Samuel. Il tente sans cesse de reconstituer notre puzzle historique. Pour lui changer les idées, je  l’entraine, entre autres visites, dans les allées du célèbre Grand bazar d’Istanbul (L). Là, nous plongeons dans le brouhaha et l’effervescence de l’activité des livreurs et des serveurs de thé à la pomme. nous slalomons entre les acheteurs et les curieux dans ces voies étroites bordées d’une diversité incroyable d’échoppes et nous finissons par nous perdre.
Nous passons le réveillon de fin d’année à l’hôtel dans une ambiance danses du ventre. Quand j’essaye d’imiter ces danseuses lascives en exclusivité pour mon Sam, son verdict est sans appel :
- Tu n’es pas à la hauteur, tu ne fais pas le poids.
En tant que femme grande et mince, j’hésite : bien ou mal, comment dois-je prendre cette réflexion ? J’opte pour l’alternative la plus gratifiante lorsqu’il me prend amoureusement dans ses bras.
Peu avant notre départ, le concierge de l’hôtel nous remet un message de Monseigneur Dimalesco. Il contient l’adresse de Stanislav Mirankovic, l’archiprêtre de Bar susceptible de nous aider au Monténégro. Adieu la Turquie, bonjour le Monténégro ! Après une escale à Vienne, nous atterrissons à Podgorica, ex Titograd.
Nous avons réservé une chambre à l’hôtel Balsica (L). C’est un ancien palais, perché sur la citadelle qui domine la mer à l’extrémité de la vieille ville d’Ulcinj. Cette cité fortifiée  au caractère encore préservé n’a pas été réhabilitée pour les touristes sauf les quelques rénovations effectuées à coup de béton qui font bouillir mon sang de décoratrice.
Svac se trouve près de Vladimir, petite localité proche de la frontière Albanaise que l’on atteint par une route défoncée qui traverse de jolis petits canyons. Après s’être engagé pendant quelques kilomètres sur une petite route qui semble conduire nulle part, on peut apercevoir, de loin, perché sur une colline rocailleuse les ruines d’un mur d’enceinte et de deux églises. Ce lieu isolé et perdu n’est accessible qu’à pieds. Nous laissons donc notre voiture de location sur un pseudo parking en terre pour nous engager sur un chemin sinueux et escarpé. Au bout de vingt minutes de marche, nous pénétrons dans ce qui fut une église. Il nous est impossible de nous aventurer plus avant car la végétation qui a envahi les vestiges du village est impénétrable. Le temps clair et ensoleillé nous permet quand même d’admirer le panorama. D’un côté la cité domine une vallée entourée de montagnes rocheuses, de l’autre un lac et des champs. Je quitte Svac émue d’imaginer que mes aïeux ont vécu ici et contemplé quotidiennement le même spectacle.
Le directeur de l’hôtel nous a fourni un interprète qui nous accompagne à la mairie d’Ulcinj où nous avons rendez-vous à onze heures avec l’adjoint du maire responsable de la culture. Après une heure d’attente, notre interprète daigne téléphoner. Marian Supovic nous aurait-il oublié ? Non, il devise avec de amis au café d’en face. Devant notre stupéfaction, Métoni, notre interprète, nous explique avec humour que nous sommes dans un pays ou l’art de perdre son temps est largement pratiqué. Il s’agit donc d’une initiation !  L’édile nous rejoint enfin et, avec un sourire désarmant, nous souhaite la bienvenue. Son discours est bien rôdé. Svac a été créée par les Illyriens, ancêtres des albanais qui peuplent aussi la région où nous nous trouvons.  La municipalité est pauvre et manque de moyens pour mettre en valeur le site… Si nous connaissons quelqu’un que cela intéresse… Les barbares et les tremblements de terre ont détruit la ville… On dit qu’Hélène d’Anjou est enterré à Vladimir (L) et qu’elle s’est mariée à Svac dans l’église dédiée à Saint-Jean. Pour nous signifier la fin de l’entretien, il nous invite à prendre un verre avec ses amis qui l’attendent toujours au café Europa et partagent un amour sans faille pour la France et les français. En chemin, il nous raconte que selon la légende il y aurait eu plus de trois cents églises à Svac, une pour chaque jour de l’année afin de prier chaque Saint du calendrier.
Nous n’avons pas vu de ruines d’églises sous la végétation. Il s’agissait sans doute des reposoirs évoqués dans le journal d’Olivier.
Nous n’avons pas le temps de visiter tout le Monténégro en deux jours. Nous nous rendons cependant à Bar, ville distante de trente kilomètres d’Ulcinj pour rencontrer Stanislav Mirankovic. Justement, il nous attend. Pour être plus exact, il sait tout de nos investigations. La cérémonie du « que prendrez-vous, thé ou café » terminée, sur le ton caractéristique du prélat en prêche, il engage la conversation en allemand :
- Je suis content de rencontrer des français explorateurs du passé. Le patriarcat d’Istanbul m’a fait savoir que vous méritiez notre écoute. Vous savez, nous ne recevons que peu de visites de la part de personnes aussi estimables que vous. Ici, les gens n’ont aucune culture, ce n’est pas comme à Belgrade. Surtout dans cette région où la plus part des habitants sont des albanais.
- Je ne savais pas qu’il y avait autant d’émigrés albanais au Monténégro. Lui rétorquons-nous simultanément.
- Ce sont des Monténégrins catholiques ou musulmans d’origine albanaise. Ils sont primitifs, incultes, souvent paresseux…
Indignée je le coupe :
- Vos paroles ne sont pas très charitables mon père – Il aggrave son cas.
-  On voit que vous ne vivez pas ici, mon rôle n’est-il pas de rassembler les brebis mêmes galeuses – Sam me fait signe de me calmer – revenons en à nos moutons,- ah ! ah ! ah ! – galéjade qui ne fait rire que lui -. On m’a chargé de faire quelques recherches aux archives du patriarcat de Belgrade, mais mon correspondant n’a rien trouvé.
Nous le remercions à peine et prenons froidement congé de ce très saint homme !
Un dernier levé de soleil sur l’adriatique et d’un coup d’aile de l’avion de Monténégro Airline, nous revoilà à Paris sous la grisaille de janvier.

25 Responses to “Chapitre 5 Vacances…”

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