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07.25.10

Chapitre 16 Qui croire…

EC 16a Qui croire en ce bas monde ?
Ramirez sorti, le nonce se rend, toutes affaires cessantes, auprès de l’envoyé spécial de la curie.
- Il est probable que nous soyons confrontés sous peu à quelques turbulences. L’homme choisi par notre jeune ami Ramirez de la Courneuve pour accomplir la mission que nous lui avons confiée a été arrêté après avoir provoqué un accident mortel.
- En quoi cela nous concerne-t-il ?
- Le prévenu, a déclaré avoir été commandité par notre ami pour accomplir un cambriolage en Dordogne.
- Les deux faits n’ont pourtant aucun rapport.
- C’est très étrange en effet. Je n’arrive pas à expliquer comment et par qui un lien a pu être établi entre un vulgaire accident de la circulation, même provoqué, et notre affaire.
- La victime de l’accident est le Laudinier qui a déchiffré le parchemin.
- Mirouni aurait avoué le vol de Périgueux afin de dissimuler la vraie raison du meurtre. Ce voyou est un primitif. Il ne peut pas avoir pris une telle initiative de son propre chef.
- D’accord. Mais alors, qui l’a téléguidé ?
- Nous devons chercher du côté de cet inspecteur, Ahmed Salim. Selon Ramirez il fréquente le même lieu de prières que le coupable. De plus, le département de la Seine-Saint-Denis ne fait pas partie de son secteur. N’oublions pas non plus que le père de Bernard Laudinier est le principal opposant à la construction d’une nouvelle mosquée.
- Les autorités musulmanes ne sont pas idiotes. Il arrive, comment dire, que la « suractivité » et la maladresse de certains fidèles s’avèrent contre-productives et entravent les objectifs poursuivis par les responsables de leur culte..
- Cela sous-entend que la mise en cause de Ramirez est susceptible d’avoir été fomentée pour occulter une initiative mal venue. Le cas échéant, cette hypothèse implique la connaissance de l’existence du parchemin.
- On en revient toujours à cet inspecteur de police chargé de l’enquête sur l’accident. Sa visite officieuse à Jean Ramirez est pour le moins suspecte.
- Nous ne disposons d’aucune preuve mais la théorie est séduisante.
- Au cours de l’histoire nos institutions religieuses ont parfois été dépassées par l’exaltation de certains fidèles. Il suffit d’attendre. Entre temps, rien n’est à craindre.
EC 16b  La journée des surprises n’est pas terminée pour Monseigneur Isaldi. Un message lui demandant de rappeler Albert Renard l’attend sur sa table de travail. Il convoque son secrétaire :
- Savez-vous qui est ce Monsieur Renard ?
- Il s’est présenté comme journaliste du quotidien Le Monde et a refusé de me communiquer l’objet de son appel.
- Je vous remercie.
Persuadé que le journaliste souhaite lui poser quelques questions en rapport avec l’actualité du moment, le nonce compose sans attendre le numéro d’Albert Renard. Après s’être brièvement présenté, il entame la conversation sur le ton qui sied lorsqu’on s’adresse à la presse.
- Il m’est arrivé de rencontrer certains de vos collègues, mais je ne me souviens pas avoir eu ce plaisir en ce qui vous concerne.
- C’est exact. Je travaille au Monde depuis longtemps dans un service qui ne traite pas des questions religieuses.
- Quel thème voulez-vous que nous abordions ?
- Aucun, je me suis servi de mon titre de journaliste pour vous joindre directement.
- Ce n’est pas très honnête mais puisque nous y sommes…
- Ne vous méprenez pas. Ma démarche n’a rien de personnel. Il s’agit d’une information délicate sur laquelle votre avis est essentiel.
- Expliquez-vous.
- Un vieil ami m’a montré récemment le texte d’un document ancien mettant en cause le déroulement habituel des rites de la liturgie. Avant d’accéder à sa demande de le diffuser, j’ai souhaité vous interroger. Connaissez-vous l’existence d’un tel document ?
Le nonce ressent quelques difficultés à avaler sa salive avant de répondre.
- Vous avez agi sagement. Effectivement, un tel texte nous a été adressé. S’il est identique à celui de votre ami, n’en doutez pas, il est apocryphe.   
- Donc à ne pas publier.
- Évidement ! Sachez néanmoins que, par précaution, nous l’avons soumis à l’appréciation de la curie. Sans m’avancer, il est improbable qu’elle rende un verdict différent du mien. Restituez donc ce document dénué de valeur à votre ami dont je suppose que vous ne voulez pas révéler l’identité.
- Les journalistes ne dévoilent jamais leurs sources. C’est un principe aussi sacré que celui du secret de la confession. Par ailleurs, aurez-vous l’obligeance de me communiquer l’avis de la curie lorsque vous le recevrez ?
- Cela risque de prendre du temps, le Vatican vit dans l’éternité, il n’a pas la célérité de la presse.
En conclusion, Albert Renard indique son adresse au Nonce et la conversation se termine avec la bénédiction d’usage.
Les paroles du prélat ont eu l’effet inverse de celui qu’il recherchait. Elles ont persuadé le journaliste de l’authenticité du parchemin mais il reste perplexe. Que faire ? Un tel brûlot ne peu pas être publier sur la foi d’une simple photocopie. Dans un contexte de concurrence effrénée entre les cultes, a-t-on le droit de vulgariser un document dont le contenu met en cause un fondement essentiel du christianisme ?
Les préoccupations du nonce, rejoigne la réflexion d’Albert Renard lorsqu’il prie le Seigneur de lui montrer la voix. L’archiprêtre Popielaz qui l’accompagne dans sa dévotion n’a pas les mêmes états d’âme. Son origine polonaise lui a enseigné que la pratique, même sans la foi, ne peut être que bénéfique pour l’église.
EC 16c Le commissaire Max Andrieu et Pierre Laudinier ne se fréquentent guère en dehors des réunions organisées par les édiles du département qui traitent de la sécurité où ils se croisent régulièrement. Le policier accepte donc facilement un rendez-vous dans un café situé près du Stade de France. Pierre, après les préliminaires d’usage entre dans le vif du sujet :
- Sans trahir le secret professionnel, pouvez-vous me parler de l’homme qui a assassiné mon fils.
- En principe, non, mais je me doutais bien de la raison de votre choix d’un terrain neutre.
Pierre surpris :
- Pour quelle raison d’après vous ?
- Tous les habitants de  la cité des quatre mille à la Courneuve savent que Mirouni s’était vanté de vouloir vous faire payer…
- Je  suis au courant, j’ai même reçu des lettres de menaces.
- Vous auriez dû en parler à la police.
- Je ne les ai pas prises au sérieux.
- Vous auriez dû.
- Vous pensez donc que Mirouni s’est chargé de mettre ses menaces à exécution.
-  En admettant que la lettre anonyme soit de sa main. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’ai simplement trouvé son attitude étrange. Je suis dans l’expectative. Quand nous avons arrêté ce voyou, il a d’abord nié tout en bloc. Il a fallu le confondre avec ses empreintes pour qu’il reconnaisse le vol de la Golf. Il a prétendu ensuite qu’après s’en être servi pendant deux heures avant de livrer le véhicule à un commanditaire dont il a refusé de révéler le nom. L’affaire aurait pu s’arrêter là quand j’ai reçu un appel de l’inspecteur Salim. Vous devez le connaître car il a instruit l’enquête sur l’accident de votre fils, j’ai vérifié.     
- Oui, je l’a vu a plusieurs reprises.
- Il m’a demandé de laisser un Imam d’Aubervilliers, Jacques Assoulehim, rencontrer Mirouni dans sa cellule. Ce n’est pas très régulier, mais j’ai accepté pensant que cela pouvait être utile.
- Et ensuite.
- Je ne sais pas ce que lui a raconté cet imam, toujours est-il que Mirouni s’est mis à table. On ne pouvait plus l’arrêter. Pour résumer, il a déclaré que la mort de votre fils était le résultat d’un braquage qui avait mal tourné. Avec ses antécédents on est tenté de croire cette version. Mais c’est oublier à quel point on vous en veut dans le secteur.
- Vous avez dit qu’il a beaucoup parlé. A-t-il évoqués d’autres délits qu’il aurait commis comme des vols, des agressions…
- Non il n’a parlé que de « l’accident », de rien d’autre, pourquoi cette question ?
-  Pour l’espoir de ne pas être entièrement responsable de la mort de mes enfants.
- Mieux vaut s’en tenir à la version de Mirouni.
- Le pire est de vivre dans le doute. Peut-être que si je le rencontrais le coupable…
- C’est hors de question. Ne m’en voulez pas mais vous êtes trop impliqué et je pense sincèrement que cela ne vous serait d’aucun secours. Seul le temps estompera…
- Le temps qui me reste ne suffira pas.
- Vous êtes encore sous le choc. Croyez que je compatis et que je reste à votre disposition.
Max Andrieu quitte le café laissant Pierre devant un quatrième café express.
Si Mirouni a fait ses aveux après la visite de l’imam, il existe forcément un lien entre ces deux hommes comme la relation entre l’inspecteur Salim et l’imam. Par ailleurs, sauf si Andrieu a menti, Mirouni ne lui a pas avoué le cambriolage de Rosine. On revient toujours à Salim qui n’a jamais rencontré Mirouni. Il n’y a donc que l’imam qui ait pu informer l’inspecteur. Il reste plusieurs mystères à éclaircir. Pourquoi le voyou aurait-il parlé à l’imam du vol commis à Périgueux ? A partir de quels éléments l’inspecteur Salim aurait-il pu envisager un lien entre l’accident de Bernard et le vol chez Rosine ?
Pierre ne trouve aucune réponse à ces questions et décide de prendre rendez-vous avec Samuel et Florence au plus vite.

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